Cette chronique traite du patrimoine toponymique de la Ville de Sherbrooke. Ces chroniques régulières nous viennent de Jean-Marie Dubois, membre émérite de la Société de généalogie des Cantons-de-l’Est, et de Gérard Coté, membre de la Société d’histoire et du musée de Lennoxville-Ascot.
Saviez-vous qu’il y avait une rue Chicoyne à Sherbrooke ? C’est la question que l’on s’est posé en terminant ces jours-ci la publication de la biographie en 31 épisodes de ce pionnier estrien sous la plume de Denis Beaulieu. La série avait débuté le 15 septembre, il y a sept mois. Le dernier épisode sera publié ce vendredi.
Merci à Jean-Marie Dubois et Gérard Coté pour avoir fouillé le sujet dans le cadre de leur chronique régulière. Destination: l’est de la ville de Sherbrooke.

Source: Commission de toponymie du Québec.
Temps de lecture estimé – 12 minutes
*****
Chicoyne, Rue
Jérôme-Adolphe. Maire et député (1844-1910)

Photo d’archives : Fonds Émile-Chartier. La Société d’histoire de Sherbrooke IP37PN.41a/1.
Jérôme-Adolphe Chicoyne est né à Saint-Pie, comté de Bagot, le 22 août 1844. Il est le troisième des dix enfants de Dorothée Deslandes dit Champigny (1821—Saint-Hyacinthe 21-04-1914) et de Jérôme Chicoine dit Dozois (Verchères 20-09-1814—Saint-Pie 14-04-1905), cultivateur. Ceux-ci s’étaient épousés en l’église de Notre-Dame-du-Rosaire, à Saint-Hyacinthe, le 1er octobre 1839. Jérôme-Adolphe passe son enfance dans la famille de la sœur de son père, Josephte, mariée à Joseph Charbonneau.
Il fait ses études primaires de 1851 à 1855 à Saint-Damase, puis à La Providence (Saint-Hyacinthe). De 1855 à 1857, il commence son cours classique au Séminaire de Saint-Hyacinthe et, après un séjour de deux ans avec sa famille dans le Connecticut et au Vermont où il travaille dans des manufactures et apprend l’anglais, il termine ses études au Séminaire en 1866. De 1864 à 1866, il avait aussi commencé des études de droit qu’il termine à temps plein de 1866 à 1868, année où il est admis au Barreau du Québec.
Le 7 janvier 1868, en la cathédrale de Saint-Hyacinthe, il épouse Caroline Perreault (1848—Saint-Hyacinthe 27-12-1915). Le couple a six enfants tous nés à Saint-Hyacinthe, sauf le dernier : Alfred (12-02-1869—26-02-1869), Caroline-Hermine (09-03-1870—17-06-1870), Louise (19-01-1871—26-01-1871), Élie (25-03-1872—12-06-1872), Émélie (13-09-1873—Saint-Hyacinthe, inhumée 21-07-1938), qui demeurera toujours avec ses parents, et Augustin (13-10-1881—26-08-1882).
À partir de 1868, en même temps que sa profession d’avocat, Jérôme-Adolphe Chicoyne s’intéresse à la colonisation. En 1868, il est d’abord secrétaire-trésorier de la Société de colonisation de Saint-Hyacinthe, qu’il avait aidé à fonder en 1866. En 1872, il devient agent d’immigration à Saint-Hyacinthe puis à Montréal. En 1875, à la suite de l’abbé Jean-Baptiste Chartier, curé de Coaticook, il devient agent de colonisation dans les Cantons de l’Est. Le Gouvernement du Québec venait d’adopter, à l’instigation de l’abbé Chartier, l’Acte de rapatriement qui favorise à la fois le retour au pays des Canadiens qui avaient émigré aux États-Unis et l’installation de citadins sur des terres nouvellement défrichées.
Il s’établit alors dans le village qui deviendra La Patrie et, de 1876 à 1878, il est maire de la municipalité des Cantons unis de Ditton, Chesham et Clinton.

La Patrie en 1880. Source: Andrée Benoît et Richard Flibotte, collection privée, Saint-Hyacinthe. (Photo tirée de l’album personnel de J.A. Chicoyne, p. 49).
Établi à Sherbrooke en 1879, il est actif dans la Société de colonisation mise en place par Mgr Antoine Racine (1822-1893) et, de 1880 à 1885, il est directeur général de la Compagnie de colonisation et de crédit des Cantons de l’Est. Il entreprend une tournée de l’Europe pour promouvoir l’immigration. Il cherche des investisseurs, surtout dans la région de Nantes, en France.
Depuis le milieu des années 1860, il s’intéresse également au journalisme et publie toute sa vie de nombreux articles dans divers journaux. De 1881-1882 et de 1886 à 1889, il est directeur et rédacteur du journal Le Pionnier, un journal qui a pignon sur rue dans sa résidence construite en 1886-1887, au 161 de la rue Marquette.

Ce bâtiment existe toujours à cet endroit, intégré à un bâtiment plus vaste pour personnes âgées qui porte le nom de Les Résidences de la Cathédrale. Il fonde aussi le journal La Colonisation qu’il dirige jusqu’en 1896.
En janvier 1889, il est élu échevin du quartier Centre et le sera de nouveau en janvier 1891, puis de janvier 1893 à janvier 1895. De janvier 1890 à janvier 1891, il devient le troisième maire canadien-français de Sherbrooke. Il remplit un second mandat de janvier 1892 à janvier 1893.
Sous son administration, le pont Wolfe (pont Hubert-C.-Cabana depuis 1977) est construit à l’extrémité nord de la rue Belvédère Nord pour rejoindre la rue Wolfe, qui perdra ainsi son nom.

Pont Wolfe vers 1910. Source: Avenues.ca provenant de la collection du Musée McCord de Montréal via un don de Mr. Stanley G. Triggs.
De nouveaux règlements sont adoptés afin d’améliorer l’hygiène, relativement à la garde de cochons et au transport du purin. À la suite de la décision d’utiliser des matériaux plus durables que le bois dans la confection des trottoirs, on fait un essai avec des trottoirs de pierres.
En 1892, Jérôme-Adolphe Chicoyne est aussi député conservateur de Wolfe à l’Assemblée législative du Québec, où il siège jusqu’en 1904. Très apprécié de ses collègues, on le surnommait le sage de la Législature.

Jérome-Adolphe Chicoyne, le député. Source: BAnQ.
Il prend sa retraite en 1904 et déménage à La Providence (Saint-Hyacinthe), où il décède le 3 octobre 1910. Il est inhumé avec son épouse dans le cimetière de Notre-Dame-du-Rosaire, à Saint-Hyacinthe.

Pierre tombale de la famille au cimetière Notre-Dame-du-Rosaire à Saint-Hyacinthe. Source de la photo : Denis Beaulieu, 2010.
La rue Chicoyne à Sherbrooke
Cette rue existe depuis 1909, en tant qu’accès au parc Victoria. Connue d’abord comme Park Avenue, l’artère se nommait avenue du Parc en 1913 et, en 1915, Victoria Avenue. Elle prend son nom actuel en 1920. La rue est aussi l’accès à l’ancien Club sportif et social Mont-Plaisant (fermé en 1950), qui était situé à l’intersection avec la rue Desaulniers. Cette partie de la rue est fermée vers 1980 à partir de la rue Desaulniers. Le toponyme est officialisé par la Commission de toponymie du Québec, le 2 août 1991.

Renseignements
Adam, Léonidas (1921) L’histoire religieuse des Cantons de l’Est, Revue canadienne, nouvelle série, vol. 26, p. 19-34.
Beaulieu, Denis (2012) Jérôme-Adolphe Chicoyne, vous connaissez ? L’Entraide généalogique (Société de généalogie des Cantons de l’Est), vol. 35, no 1, p. 10-15.
Beaulieu, Denis (2012) Jérôme-Adolphe Chicoyne 1844-1910. À compte d’auteur, s.l., 195 p.
Dubois, Jean-Marie et Coté, Gérard (2002) Les noms de lieux de Sherbrooke : plus de 200 ans d’histoire ; Tome I : Voies de communication, La Société d’histoire de Sherbrooke, Sherbrooke, p. 72.
Paré, Paul (2010) La Maison Chicoyne, dans Le 142 Ozias-Leduc (bulletin d’information du Service des archives de l’Archidiocèse de Sherbrooke inc.), no 10, hiver 2010, p. 2-3.
Photographies aériennes du Gouvernement du Canada de 1945 et 1982 et du Gouvernement du Québec de 1956, 1962, 1963, 1979, 1980, 1995, 1998 et 2000, conservées à la cartothèque Jean-Marie-Roy de l’Université de Sherbrooke.
Pothier, Louisette (1982) Les maires de Sherbrooke 1852-1982. Société d’histoire de Sherbrooke, Sherbrooke, p. 86-89 et 93-94.
Gérard Coté et Jean-Marie Dubois.
20 septembre 2020
*****
Cliquez ici pour retourner aux épisodes précédents de cette série.
Cliquez ici pour retourner à la page d’accueil du site pour lire ou relire d’autres articles.
__________
L’Entraide numérique est un site Web de publication d’articles publié par la Société de généalogie des Cantons-de-l’Est (SGCE) ayant pour objectif le partage des connaissances de nos membres. Il se veut un complément à notre revue L’Entraide généalogique. Ce site Web publie trois fois par semaine, soit les lundis, mercredis et vendredis, sur des sujets liés à la généalogie, à l’histoire ou au patrimoine québécois. Le site est ouvert à tous, membres et non-membres de la SGCE.





