Plateforme de publication d'articles de la Société de généalogie des Cantons-de-l'Est portant sur des sujets liés à la généalogie, à l'histoire et au patrimoine.


Les vieux métiers – Le mendiant

Madame Denise Dodier-Jacques avait écrit dans L’Entraide généalogique une série d’articles connue sous le nom Les Vieux Métiers. Cette série a été publiée il y a une trentaine d’années, en 20 épisodes échelonnés entre 1990 et 1996. Peu d’entre nous se rappellent donc de cette série qui a marqué. Pas moins de quatre de ces articles s’étaient mérités le prix Raymond-Lambert du meilleur article.

Nous avons retrouvé l’ensemble de cette série de 20 articles. Nous vous les présenterons au cours des prochains mois. Voici aujourd’hui le 8e article de cette série qui nous familiarise avec le mendiant.

Cet article a été publié en 1993, No. 16-2. Il s’est mérité un Prix Raymond-Lambert du meilleur article en 1993.

Madame Denise Dodier-Jacques (photo de la revue L’Entraide généalogique 1993 no. 16-2).

Temps de lecture suggéré – 9 minutes

*****

LE MENDIANT

Un jour que j’effectuais des recherches en  vue de retracer tous les enfants de Pierre Doyer et d‘Angélique Royer, une surprise m’attendait: le mot «mendiant» bien noté sur deux actes de baptême, le premier fait en février 1806 et le second en mars 1813. C‘était en effet le métier du père. Celui-ci était père de famille et cultivateur avant, entre et après ces dates. Que s’est-il produit pour que ce jeune père de 34 ans, en soit réduit à la mendicité, à errer sur les routes durant ces hivers? Des temps difficiles ? Trop de bouches à nourrir?

Être mendiant, c’est bien un métier. Le dictionnaire L. Quicherat le confirme: un mendiant, est «celui qui fait profession de mendier». Mendiant, est-ce un métier que l’on choisit ou que l’on se résigne à exercer?

Vivre de charité publique n’est pas un phénomène récent, c’est un fait. La pauvreté est de tous les temps. Les périodes de crise, comme celles de 1737-1738, où le blé, base alimentaire se faisait rare, et plus près de nous celle de 1929, ont amené plus de personnes à mendier, à demander des secours.

Le mendiant parcourait les routes en quête d’argent et de nourriture pour lui et sa famille, Il récoltait peu. Les quêteux «riches», c’est rare!

Des gens devenaient mendiants pour différentes raisons. Plusieurs avaient perdu leurs biens, leur famille; d‘autres étaient trop âgés ou souffraient d’infirmités; d’autres étaient sans travail; certains voulaient «voir du pays» et des jeunes, qui semble-t-il étaient mis à la porte de chez eux, soit à cause de paresse, d’abus d’alcool, d’impolitesse. Des mendiants allaient jusqu’à dire qu’ils quêtaient parce qu’ils n’avaient «pu épouser la femme qu’ils aimaient et qu’ils voulaient s’en éloigner». (1)

Chaque mendiant avait sa région, son territoire ou son quartier. Il allait par les chemins, toujours à pied dans la poussière, sous la pluie et la neige. Il avait un itinéraire régulier et faisait sa tournée une à deux fois par année. Les gens savaient presque le moment où il viendrait cogner à leur porte. L’habitué pour sa part connaissait les maisons et la générosité des propriétaires.

Au XVIIe siècle, dans la ville de Québec et au XIXe siècle dans certains villages, des règlements municipaux défendaient de mendier, même si on le tolérait. En 1802, la ville de Québec émettait un règlement prévoyant «que les mendiants sans permis d’un curé ou d’un juge de paix seraient passibles d’un mois de prison». (2)

De loin, le mendiant est facilement reconnaissable, par ses vêtements débraillés, son bâton crochu et son baluchon fait d‘une «poche de jute». Il renferme son avoir: un peu de nourriture, du tabac, les sous qu’il recueille, des bas, une tasse de fer-blanc pour boire aux ruisseaux. Plusieurs mendiants portaient une longue barbe et avaient le regard terne.

Le quêteux voyage seul; rendu à la porte, il frappe et tend la main tout en demandant la charité: «Monsieur, madame, la charité pour l’amour du bon Dieu». (3)  Il remerciait pour l’aumône reçue et ajoutait: «Dieu vous le rendra».

Certains mendiants offraient pour une petite somme, d’aiguiser les couteaux, de «tirer la bonne aventure», de «faire parler les cartes», à propos de l’amour, de la santé et de l’argent. Le mendiant savait divertir, amuser, chanter, raconter ou encore faire des «trucs de magie». N’oublions pas qu’il jouait aussi le rôle de «gazette vivante».

Le quêteux ne voulait pas parler de lui et n’aimait pas qu’on lui pose des questions personnelles. Il gardait secret son nom et celui de son village. La plupart d’entre eux étaient connus par un sobriquet souvent moqueur.

Lorsque la noirceur arrivait, le mendiant se cherchait un endroit pour y passer la nuit. Durant l’été, il couchait «à la belle étoile», sur du foin dans les granges ou dans des cabanes à sucre. Quand arrivaient les temps froids, des gens le gardaient à coucher. Il mangeait à la même table qu’eux. Il dormait près du poêle sur une paillasse ou sur son manteau. Dans certaines maisons, il y avait un banc-lit appelé «banc du quêteux». Le lendemain, très tôt, il reprenait la route, emportant avec lui un peu de nourriture reçue de ses hôtes. Il remerciait en s’éloignant en disant «et Dieu vous le rendra».

BANG-LIT ou banc de «quêteux» ouvert, avec sa paillasse au fond.
Photo tiré de: Encyclopédie des antiqués du Québec. p.223

Les quêteux n’étaient pas tous mauvais. Il y en avait de plusieurs sortes: le quêteux de la paroisse, le quêteux des paroisses avoisinantes, le quêteux qui vient de loin, le quêteux charlatan, le quêteux «jeteux de sorts», le quêteux bohémien (campion).

Plusieurs superstitions et légendes accompagnaient les mendiants. En voici une: «un quêteux à qui l’on avait refusé à coucher «jeta des poux» aux animaux de l’étable; les moutons se grattaient tellement qu’ils en perdirent leur laine, et les poules, leurs plumes. Au printemps, à l’arrivée du même quêteux, on s’empressa de le garder à coucher. Le lendemain matin, il se rendit à l’étable et selon la légende, après avoir passé la main sur les murs, il reprit sa route entraînant derrière lui tous les poux qu’il y avait dans les lieux». (4)

Les quêteux n’étaient pas toujours bienvenus à toutes les maisons. La plupart des enfants avaient peur d’eux. Les parents en étaient la cause. Certains, pour se faire obéir, les menaçaient de les donner aux mendiants s’ils n’étaient pas obéissants.

Des femmes aussi, ont mendié bien qu’elles aient été moins nombreuses. La plupart d‘entre elles avaient des surnoms. La mendiante voyageait rarement seule et ne circulait jamais tard sur les routes.

Les mendiants ou quêteux du Québec ont disparu peu à peu de nos routes, depuis les années 1950. (5) Il ne faut pas penser pour autant que la pauvreté est disparue. Elle existe, elle est bien présente. Il se trouve encore des nécessiteux, des mal pourvus par la vie. Il n’est pas rare de rencontrer dans nos villes, des clochards demandant une aumône.

Le froid, la faim, l’humiliation, la main tendue … quel métier!

Kyrie des Gueux (6)

Holà, marchons les gueux,

Errant sans feu ni lieu,

Bissac et ventre creux.

Marchez les gueux…

BIBLIOGRAPHIE

1 à 5.

– Pomerleau Jeanne, Métiers ambulants d’autrefois. Guérin littérature, pp. 95 à 111. Catholique, pp. 71 à 94. 6. – Extrait de: 350 chansons.

– Rivard Adjutor, Chez nous, l’Action Sociale Catholique, pp. 71 à 94.

(6) Extrait de 350 chansons.

*****

Cliquez ici pour lire ou relire des épisodes précédents de cette série.

Cliquez ici pour retourner à la page d’accueil du site pour lire ou relire d’autres articles.

__________

L’Entraide numérique est un site Web de publication d’articles publié par la Société de généalogie des Cantons-de-l’Est (SGCE) ayant pour objectif le partage des connaissances de nos membres. Il se veut un complément à notre revue L’Entraide généalogique. Ce site Web publie deux fois par semaine, soit les lundis et jeudis, sur des sujets liés à la généalogie, à l’histoire ou au patrimoine québécois. Le site est ouvert à tous, membres et non-membres de la SGCE. On peut s’y abonner sur la page d’accueil du site et ainsi recevoir une infolettre qui vous envoie l’intégralité de chaque article dès sa publication.



Laisser un commentaire

Armoiries de la Société

À PROPOS DE NOUS

Bienvenue sur L’Entraide numérique, la nouvelle plateforme numérique de publication d’articles de la Société de généalogie des Cantons-de-l’Est. Nous publions deux fois par semaine, les lundis et jeudis.

Nos collaborateurs publient sur des sujets variés liés de près ou de loin à la généalogie, à l’histoire et au patrimoine.

POUR NOUS JOINDRE:

redaction@lentraidenumerique.ca

L’Entraide numérique est toujours à la recherche de bonnes histoires à raconter à nos lecteurs. Que ce soit pour un sujet lié à l’histoire, à la généalogie ou au patrimoine régional, n’hésitez pas à nous envoyer votre article ou encore à nous contacter pour en discuter davantage.

ACCÉDEZ AUX Articles PAR THÈME:

LIENS UTILES:

ARCHIVES PAR MOIS :

ABONNEZ-VOUS À NOTRE INFOLETTRE